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Pierre-Olivier: on n’était PAS prêtes pour la s3xualité des insectes

Matière Média Apr 1, 2026 1 hr 50 min

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La sexualité insoupçonnée des arthropodes : ce que vous ignoriez sur les bébites

Vous pensiez tout connaître sur la faune du Québec? Préparez-vous à avoir la tête qui tourne. Dans cet épisode du balado Sexe Oral, l'entrepreneur et biologiste Pierre-Olivier Deschênes, fondateur de la Bébite Mobile, nous plonge dans l'univers fascinant et parfois dérangeant de la reproduction animale. Entre les abeilles au pénis explosif, les araignées suicidaires et les poissons qui changent de sexe, c'est une véritable leçon d'humilité sur la diversité biologique qui nous attend.

Des insectes qui se reproduisent de façons que vous n'aviez jamais imaginées aux stratégies d'accouplement les plus étranges de la nature, cet épisode remet en question nos conceptions de la sexualité et de l'évolution. Spoiler alert : nous ne sommes vraiment pas au centre du jeu.

Les abeilles : quand la reproduction rime avec sacrifice

Le drame du faux-bourdon

L'histoire commence mal pour les abeilles mâles, aussi appelées faux-bourdons. Leur vie? Un sacrifice ultime pour la perpétuation de l'espèce. Lors de l'accouplement, leur pénis explose littéralement, et l'animal meurt sur le coup. C'est ce qu'on appelle un accouplement suicidaire.

C'est pas pour rien que ça s'appelle comme ça. Biologiquement parlant, le faux-bourdon n'a qu'une seule mission : transmettre ses gènes. Une fois qu'il a rempli sa fonction, il disparaît. Point final.

L'ordre dans la ruche : drames et conspirations

Pendant ce temps, dans la ruche, c'est un vrai thriller politique. La reine pond les œufs, mais si elle commence à ralentir, les ouvrières (toutes des femelles) peuvent décider de la renverser. Elles construisent alors des cellules « princesse » pour élever des futures reines. Si la reine s'en aperçoit, elle tue les futures reines en piquant à travers les alvéoles. Et ici, elle peut piquer tant qu'elle veut – contrairement aux ouvrières, qui meurent après avoir piqué une fois.

Parfois aussi, quand les tensions montent trop, c'est un vrai coup d'État : une partie de la colonie s'enfuit avec la reine. On appelle ça l'essaimage. C'est le scenario où les abeilles tentent de s'entre-tuer pour déterminer qui reste et qui part.

Les arthropodes suicidaires : une tendance évolutive?

Au-delà des abeilles

Le modèle de l'accouplement suicidaire n'est pas unique aux abeilles. Certaines araignées, notamment les veuves noires, pratiquent le même suicide reproductif. Le mâle se laisse volontairement cannibaliser par la femelle après l'accouplement. Pourquoi? Parce que les protéines du mâle permettent à la femelle de produire davantage d'œufs fertiles.

D'un point de vue évolutif, c'est une stratégie gagnante : maximiser sa descendance en devenant ressource alimentaire.

La question éthique

Chez certains animaux, comme les chevreuils et les orignaux durant la saison du rut, le mâle produit mille fois plus de testostérone qu'habituellement. Il arrête même de manger, obsédé par la reproduction. Il combat d'autres mâles, épuisé, juste pour garder son territoire et ses femelles.

C'est dur, violent, souvent fatal. Mais du point de vue de la nature, ça marche. Et c'est ça qui compte biologiquement.

Les insectes qui s'accouplent sans consentement

Les libellules : la capture forcée

Les libellules mâles ont développé une technique particulièrement agressive : ils saisissent les femelles par le coup avec des crochets et les maintiennent prisonnières jusqu'à ce qu'elles « acceptent » de s'accoupler. Ce n'est vraiment pas consensuel.

C'est le premier animal sur lequel on a observé ce type de viol systématique. Mais ce n'est pas le seul.

Les dauphin : une réalité sombre

Chez les dauphins, des groupes de mâles vont parfois emprisonner une femelle, l'empêcher de remonter à la surface pour respirer, la forçant essentiellement à consentir. C'est documenté chez les biologistes. C'est brutal. C'est aussi particulier parce que les dauphins sont des animaux très intelligents et sociaux.

Paradoxalement, cette violence reproductive coexiste avec une sexualité très diversifiée chez les dauphins. Beaucoup de comportements homosexuels ont été observés. Certains mâles forment même des « amitiés » avec d'autres mâles pour mieux contrôler les femelles – une stratégie reproductive bisexuelle.

Les animaux qui font l'amour juste pour le plaisir

Les dauphins, encore

Les dauphins sont parmi les rares animaux (avec les grands singes et l'humain) qui pratiquent le sexe en dehors de la reproduction. Ils s'accouplent même sans être en période fertile. C'est lié à leur intelligence élevée et à leur nature sociale complexe.

Les perroquets et perruches

Les perroquets et perruches s'accouplent plusieurs fois par jour, même hors saison de reproduction. Le mâle courtise la femelle en lui apportant de la nourriture. Si elle accepte son « cadeau », c'est qu'elle est consentante. C'est un échange basé sur... disons, des intérêts mutuels.

C'est étrangement touchant.

La mantis religieuse : beauté et cannibalisme

L'apparence trompeuse

La mantis religieuse est souvent adorée pour son allure « zen ». Elle imite parfaitement une feuille ou une brindille. C'est un camouflage génial pour un prédateur parfait.

Mais pour les mâles, c'est un vrai problème. Parce qu'une femelle affamée ne fait pas la différence entre un rival et une proie.

La danse mortelle

Quand un mâle trouve une femelle, il doit d'abord la courtiser avec une danse délicate pour lui signaler qu'il n'est pas de la nourriture. Mais beaucoup de femelles, surtout chez les espèces européennes, sont franchement cannibales. Elles vont manger le mâle pendant ou après l'accouplement – ou les deux.

Le mâle, lui, vit seulement deux semaines en tant qu'adulte. Il ne peut s'accoupler qu'une ou deux fois. Chaque tentative est un risque de mort.

Si un mâle perd sa tête pendant l'accouplement? Pas grave. Il peut continuer à s'accoupler pendant des heures, tête ou pas. Ses organes reproducteurs ont leur propre « cerveau » (un ganglion nerveux), complètement indépendant.

Les scarabées : la métamorphose spectaculaire

Du rêve à la réalité

Pierre-Olivier Deschênes élève des scarabées exotiques depuis plusieurs années. Les larves sont visqueuses, peu attrayantes, mais fascinantes. Elles passent un à deux ans à se gaver pour accumuler des réserves.

Puis vient le cocon. L'animal perd 40 % de son poids en se transformant. Et un jour, il émerge : un insecte adulte spectaculaire, souvent aux couleurs métalliques (bleu, vert, orange, mauve).

C'est comme déballer un Pokémon.

La plasticité phénotypique

Chez une même espèce, chaque scarabée peut avoir des couleurs totalement différentes. C'est la « plasticité phénotypique » : des individus génétiquement similaires mais physiquement distincts selon leur environnement de développement.

Il n'y a jamais deux scarabées identiques.

Les vers plats : les combats de pénis

L'hermaphrodite guerrier

Les vers plats marins sont hermaphrodites (à la fois mâles et femelles). Mais aucun ne veut être femelle. Pourquoi? Parce que produire des œufs, c'est coûteux en énergie.

Alors quand deux vers plats se rencontrent, ils se battent avec leur pénis. Littéralement. Pendant environ une heure, deux pénis pointus se piquent mutuellement.

Celui qui réussit à piquer l'autre plus souvent « gagne » le rôle de mâle. Le vaincu devient femelle et commence à produire des œufs.

L'insémination « traumatique »

Chez certaines espèces, le pénis du mâle gagnant perce directement le corps de la femelle pour injecter le sperme dans sa cavité générale. Le sperme migre alors dans le sang jusqu'aux ovules.

C'est violent. C'est bizarre. C'est étonnamment efficace.

Les phénomènes de reproduction « impossible »

Les acariens : l'inceste reproductif

Un acarien microscopique (0.1 à 0.2 mm) pond ses œufs à l'intérieur même de ses larves. Les larves éclosent à l'intérieur du corps de la mère, le mâle s'accouple avec ses sœurs dans le ventre maternel, puis les femelles fécondées mangent leur mère de l'intérieur pour sortir et se disperser.

C'est l'inceste dans sa forme la plus condensée et bizarre possible.

Les pucerons : reproduction en cascade

Les pucerons femelles au printemps produisent des clones d'elles-mêmes. Mais chaque clone née est déjà enceinte d'un autre clone. C'est la reproduction à l'intérieur de la reproduction.

À l'automne, face au stress environnemental, elles produisent enfin des mâles pour une reproduction sexuée (résistante au froid).

Les arthropodes hermaphrodites et le clonage

Les fasmes : l'absence de mâles

Les fasmes (insectes bâtons) peuvent se cloner sans mâles du tout. Certaines espèces n'ont jamais eu de mâles documentés. Ils ont probablement disparu il y a des millions d'années.

C'est un cas extrême de reproduction asexuée réussie. Pourquoi? Parce que les fasmes sont excellents pour se cacher. Ils n'ont pratiquement pas de prédateurs. Pas besoin de diversité génétique si ton environnement est stable.

La parthénogenèse conditionnelle

Chez certains animaux, la reproduction asexuée n'est que temporaire. Les crustacés peuvent produire des clones une partie de l'année, puis revenir à la reproduction sexuée quand les conditions deviennent moins favorables.

C'est de l'optimisation biologique : asexué quand c'est bon, sexué quand ça devient risqué.

Les dauphins qui changent de sexe... et d'autres histoires d'identité

Les poissons clowns : dominance et féminisation

Chez les poissons clowns, il existe toujours un couple dominant : un mâle et une femelle. Les autres poissons du groupe restent des mâles subordonnés. Si la femelle meurt, le mâle dominant se féminise et se transforme en femelle. Un mâle subordonné devient alors le nouveau mâle dominant.

La femelle du groupe est littéralement l'ancien mâle du groupe.

Les poissons perroquets : le voyage

Certains poissons perroquets naissent femelles, pondent des œufs, puis en vieillissant, se transforment en mâles et produisent du sperme. À la fin de leur vie, ils peuvent se retransformer en femelles.

Donc : femelle → mâle → femelle. Un voyage sexuel complet.

La température qui décide

Chez les crocodiliens, la température d'incubation des œufs détermine le sexe des bébés. Les femelles peuvent activement contrôler cette température pour ajuster le ratio mâles-femelles selon les besoins de la population.

C'est une forme de contrôle démographique biologique.

L'intelligence, c'est quoi? Une question plus complexe qu'on le pense

Pierre-Olivier soulève un point fascinant : les animaux les plus intelligents sont aussi ceux avec la sexualité la plus diversifiée et complexe. Les grands singes, les dauphins, les perroquets – tous s'accouplent pour des raisons autres que la reproduction.

Pendant ce temps, les humains? Nous sommes la seule espèce qui s'est complètement émancipée des forces évolutives naturelles grâce à nos sociétés. Nous avons nos propres codes, nos propres règles, nos propres tabous.

Ça nous rend fascinants. Mais ça nous rend aussi compliqués.

Points clés

  • Les abeilles mâles meurent après s'être accouplés, leur pénis explosant littéralement
  • Plusieurs espèces d'arthropodes pratiquent l'accouplement « suicidaire » pour maximiser leur descendance
  • Les libellules et les dauphins forcent parfois les femelles à s'accoupler
  • Certains animaux comme les veuves noires transforment le mâle en ressource nutritive après la reproduction
  • Les mantis religieuses peuvent s'accoupler sans tête grâce à leurs ganglions nerveux indépendants
  • Les vers plats se battent littéralement avec leur pénis pour déterminer qui sera femelle
  • Plusieurs espèces sont hermaphrodites, mais beaucoup préfèrent se battre plutôt que d'accepter le rôle femelle
  • Le clonage (parthénogenèse) existe chez certains insectes et crustacés, mais la reproduction sexuée reste généralement plus avantageuse
  • Les poissons peuvent changer de sexe au cours de leur vie en fonction des besoins de la population
  • La température d'incubation détermine le sexe chez certains reptiles, que la mère peut contrôler
  • Les animaux les plus intelligents (grands singes, dauphins, perroquets) pratiquent le sexe pour d'autres raisons que la reproduction
  • Contrairement aux autres espèces, les humains se sont émancipés des forces évolutives naturelles grâce à la société